Des pokemon et des hommes

Pikachu ? C’est la reprise ce matin, apres une petite semaine de vacances bien meritees, semaine pendant laquelle a part dormir, voire quelques amis - dont certains perdus de vu depuis longtemps - et sortir un peu, je n’ai pas fait grand chose. Je suis tombe sur ces magnifiques specimens de pikachu ethyliques et occidentaux a Roppongi l’autre soir (notez le sac Vuitton, surement pour la touche japonaise), et je ne peux m’empecher de partager avec vous cette vision d’horreur.
Vision d’horreur qui m’evoque irresistiblement quelques reflexions sur l’attitude de certains occidentaux au Japon - le lecteur attentif, qui sentira une pointe d’amertume dans mes propos ne se trompera pas completement…

Ici quand on est un gaijin (contraction de gaikokujin 外国人, terme signifiant litteralement “personne d’un pays de l’exterieur”, et designant les etrangers, generalement les occidentaux), on est par defaut americain (etasunien). Ils sont les plus nombreux ici, les plus visibles, les plus bruyants, et tres souvent ils ne parlent pas un mot de japonais. Ils n’en ont pas vraiment besoin, vu la plethore d’entreprises americaines ayant une filliale a Tokyo, vu l’attitude des Japonais a l’egard des Etats-Unis et de la langue anglaise (un melange complexe ou alternent curiosite, fascination, chauvinisme et degout et complexes difficiles a imaginer pour un occidental qui n’aurait jamais mis les pieds au Japon). Si jamais on peut parler d’imperialisme culturel americain, je crois que Tokyo - a part peut-etre certains endroits en amerique du sud - doit etre un des endroits sur la planete ou il est le plus flagrant. Films americains, fastfoods, MTV, ecoles de langue, pubs, cercles pour expatries et publications anglophones pullulent, si on parle anglais on peut vivre ici dans une autre societe que celle du japonais lambda, quasi colloniale, et limiter le contact avec les autochtones au strict minimum (commerces, services, relations sexuelles episodiques).
Comme me disait un Canadien rencontre au hasard de mes peregrinations nocturnes, Japan is america’s playground.

Je trouve ca un peu dommage de passer a cote de tout un pan de la societe japonaise, surtout que des qu’on fait mine de s’interesser les Japonais sont souvent ravis de vous expliquer leur pays, de vous faire visiter, gouter des specialites locales, meme si je comprends tres bien que la difficulte apparente de la langue puisse rebuter (avec un peu de travail on peut facilement parler japonais je pense, lire et ecrire c’est encore autre chose), et que le mythe de “l’asiatique impenetrable” ait la vie dure, mais si on vient “profiter” du pays (je ne parle pas des touristes qui viennent quinze jours faire le plein de cliches, mais bien de gens qui vivent la toute l’annee), ca me semble la moindre des politesse d’essayer de creuser un peu au dela des apparences - meme si les Japonais sont souvent les premiers a mettre lesdits cliches en avant.

Je dois surement etre aigri - c’est sur que c’est pas avec la langue francaise que je risque de me faire des amis. Quoique (je vous raconterai peut-etre un jour ma folle soiree de la semaine derniere) …

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5 Commentaires sur “Des pokemon et des hommes”

  1. ghismo nous interpelle :

    Oui, un ami à Yokohama me disait que ça lui donnait l’impression d’être considéré comme doublement étranger : pas japonais, et même pas américain…

    L’été prochain, je vais me faire faire une série de t-shirt : “I’m not american !”, “I don’t speak english”… Si il y a des designers interessés :D

  2. sug nous interpelle :

    Je confirme avoir eu cette impression pendant mon voyage là-bas… En fait je me souviens même à Nagasaki avoir vu un gamin me montrer du doigt en chuchotant à son papa : “amélikaaannn!!!”

    Et là j’avais qu’une envie, celle d’être bilingue et de lui expliquer gentiment que je n’étais pas américain, que tous les blancs n’étaient pas américains, et que tous ces blancs n’étaient pas forcément comme tu viens de le décrire (impression que j’ai également eue, notamment à Kyoto où j’en aurai bien égorgé un ou deux, avec leur suffisance affichée et leur air de se balader à Disneyland, en ne montrant aucun respect pour la culture locale…)

    Ghismo je t’en achèterai un, si j’y retourne un jour ;)

  3. Slow Philou nous interpelle :

    > Je trouve ca un peu dommage de passer a cote de
    > tout un pan de la societe japonaise, surtout que
    > des qu’on fait mine de s’interesser les Japonais
    > sont souvent ravis de vous expliquer leur pays, de
    > vous faire visiter, gouter des specialites locales,
    > meme si je comprends tres bien que la difficulte
    > apparente de la langue puisse rebuter

    CLA CLAP CLAP !
    En 1964 ton grand-père, qui fut aussi mon père, avait été envoyé au Japon comme ingénieur en chef d’un projet de construction par Mitsubishi Chemicals d’une usine achetée sur un pocédé de la société française Ugine Chimie dans laquelle il travaillait, construite à Yokohama.. Il avait ainsi séjourné au Japon un nombre de mois déjà respectable, après y être passé quelques fois en escales dans les années 1934 - 1935 lorsqu’il était officier mécanicien de la marine marchande dans les salles des machines des cargos des Messageries Maritimes.
    Bien que ne parlant pas japonais, juste anglais en plus du français, ton grand’père avait tenu, au-delà de 2 ou 3 semaines de séjour dans un Holiday Inn à l’occidentale à Yokohama où il avait commencé
    son séjour avec 2 collègues ingénieurs français, dès que ses collègues furent rentrés en France et qu’il fut laissé seul “gaijin” sur place face aux Mitsub’boys, à essayer de s’intéresser au plus près à la vie des Japonais, à vivre à la japonaise (tatami, futon etc) dans un Ryo-Kan traditionnel et historique à Kamakura, et à passer des heures chaque jour à discuter avec la servante de l’auberge de Kamakura (qui était une vieille servante, ce qui avait rassuré ta grand’mère) qui s’occupait de son “room-service”.
    Ton grand’père ne concevait un long séjour à l’étranger que comme une occasion d’essayer de comprendre de l’intérieur la vie des gens autour de lui, comme une occasion de découverte et de s’enrichir spirituellement à leur contact. Je vois qu’en sautant une génération (mais I fully agree with my Dad’) tu vois les choses un peu comme lui, et ça me plaît bieng ;-)

  4. Slow Philou nous interpelle :

    J’ajoute que ses “collègues” de travail japonais avaient bien senti que mon père s’intéressait réellement à eux, à leur civilisation et à leur vie, parce que il avait été quelques fois invité dans leurs familles (rarissime pour un non-japonais), et que jusqu’à sa mort il avait entretenu chaque année (au moins) une correspondance allant un peu plus loin que le simple échange des voeux annuels avec certains ingénieurs japonais, dont un (Akihiko Saegusa) qui finit directeur général de Mistsubishi Chemicals, voire plus mais mes souvenirs manquent de pécision).

  5. goodis nous interpelle :

    http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-852964,0.html