Des jours sans

Cassis de EuropeA mon boulot, personne ne parle anglais. Francais encore moins, évidemment. Meme mon patron ne connait pas plus de trois mois en anglais. Dix à douze heures par jour (on a de longues journées au Japon - pas toujours très intenses, mais longues), il me faut donc parler en japonais si je veux communiquer avec mes collègues.
A priori, ca n’est pas vraiment un problème, étant donné la nature dudit boulot (ie. rester collé à un écran et faire des images toute la journée), mais parfois je me heurte à un mur d’incommunicabilité (je ne suis pas du tout certain que ce mot existe, je suis sur que vous avez un dictionnaire sous la main pour vérifier - ce qui n’est pas mon cas) particulièrement frustrant. Ca n’est pas tant le vocabulaire (quoique) ou la grammaire nipponne qui me posent réelement problème en fait (merci les Langues’O). C’est plutot le fait que mes collègues étant habitués a discuter avec moi en japonais, et pour la plupart ne m’ayant jamais entendu m’exprimer en français, ils ont du mal à réaliser que je suis avant tout un français, s’exprimant en japonais, certes, mais pensant bien comme un français.

Quand je rale parce qu’on me fait refaire la même image pour la cinquième fois, pour finir par - évidemment - valider ma première proposition (cas de figure absolument pas inédit au Japon, j’ai l’habitude des clients indécis qui ne partagent pas mes goûts, mais la je suis en interne, et on s’attend à ce que je rattrape le temps perdu en restant plus tard le soir, voire en revenant le week-end - ce dont j’ai nettement moins l’habitude), mon interlocuteur panique. Et finalement le prend tres mal. Forte tête de gaijin.
Quand je dis que je rale, en fait j’exagère beaucoup. Parfois c’est juste un regard, une inflexion de voix non controlée qui laissent à penser à mon interlocuteur que je suis en état de rébellion. Faire une suggestion ou poser une question peut également être mal pris, je dois être sur mes gardes en permanence de ne pas trop exprimer, et me censurer systématiquement.

J’ai donc opté pour la méthode “casque sur les oreilles du matin au soir, branché sur une radio en français”. Ca diminue considérablement les risques d’interactions potentielles avec les collègues. Après être passé pour un cynique irrécupérable avec mon ironie si typiquement francaise ;) , je passe maintenant pour quelqu’un de froid.
Je me demande ce qui vaut mieux.

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12 Commentaires sur “Des jours sans”

  1. bastien nous interpelle :

    Arf, moi je faisais ca l’an dernier… Cette annee je prends sur moi et j’essaye d’etre toujours dispo et gentil. Mais j’ai plus de chance vu que je suis independant pour mon boulot, juste encadre par un staff d’agence qui me guide et conseille…

  2. Slow Philou nous interpelle :

    Et comment les collègues japonais du gaijin se comportent-ils entre eux ?
    Ne se font jamais de suggestions ? Ne posent jamais une question ? Une demande d’explication ? Un sourcil levé ? Une lippe dubitative ?
    Ou alors, tous figés comme des playmobiles, j’y crois pas tout à fait à cette caricature.
    Il doit y avoir des infracodes à décoder, non ?

  3. ELTdG nous interpelle :

    Méfie toi, on commence comme ça et on finit par nettoyer les toilettes de sa boite !
    Plus sérieusement, sois un peu plus philosophe et comme tu es sans doute le petit nouveau dans la boite, ton avis n’a pas beaucoup d’importance au début. Rassure-toi, ça change vite. Il suffit d’être “zen”.
    Communiquer avec ses collègues même quand ils te prennent la tête, ça aide à se faire intégrer et donc à peser dans le groupe.
    Une dernière précision, plutôt que d’imposer tes vues, cherche à imposer le consensus. Ça parait plus long au début mais à la fin tu y gagneras en temps.

  4. RMK nous interpelle :

    Slow Philou > Si si ils font tout ca, mais ils ne l’expriment pas de la meme facon (et la je ne parle pas de mots, mais de tout le reste)… Je pense que je n’arriverai jamais a penser comme un Japonais - en fait je n’en ai meme pas envie ;) (apres tout ils ont voulu un designer francais parceque c’etait cool pour leur image, a eux d’assumer ce qui va avec).

    ELTdG > Non non je ne suis pas le petit nouveau ^^, ca fait un peu plus de six mois que je bosse la et on a un peu recrute depuis. Ca n’est pas une enorme entreprise japonaise ultra-conservatrice (comme dans ce bouquin qui s’est si bien vendu en France), et je m’entends bien avec le boss (en fait c’est lui qui m’a recrute).
    Le soucis c’est que l’infra-verbal fonctionne selon des codes differents de la France et que j’ai beau savoir comment reagir face a telle ou telle situation, de temps mon cote francais reprends le dessus, ce qui surprend beaucoup mes collegues. Et pas en bien.
    Pour le concensus, tu as tout a fait raison - on passe des heures a hesiter entre deux designs presque identiques parce que personne ne veut prendre de decision, je commence a avoir l’habitude :) .

  5. Selkaen nous interpelle :

    Tu es sûr qu’en fait ils ne communiquent pas plutôt leurs dissensions par télépathie ;) ?

  6. RMK nous interpelle :

    Ca doit etre ca :) .

  7. Max F. nous interpelle :

    Pas facile en effet !

  8. ry nous interpelle :

    tu pense que tes colleges, on te fait refaire la même image pour la cinquième fois, tes clients indécis qui ne partagent pas tes goûts. c est a cause de toi qui es gaijin?
    je crois que ce n est pas ca. parce que si ton travail avait de la bonne qualite pour tes colleges, pour tes clients, on ne te ferait pas refaire la meme image pour la cinquième fois et que tes clients voudraient partager tes gout. n est ce pas?
    si tu etais un japonais, c etait la meme chose.
    maintenant, tu travailes au Jpon. en general on ne sait pas exprimer en francais ….non? quand meme c est toi qui a chois la vie japonaise ?
    si tu mets le casque sur tes oreilles du matin au soir, branché sur une radio en français. alors il n y aura plus de sens que tu es la….
    la vie etrangere nous apporte des problemes a caouse de la langue differente, de la culture differente, de l idee differente… notamment la vie etrangere pour travailler , c est vraiment dur et complique.
    je pense que tu as de la chance. il n y a pas beaucoup de jens comme toi qui travailes a l etranger avec les etrangers.
    meme si tes colleges t embetent , ressaie de dsicuter pour se comprende mieux.parce que tu continues a travailler avec tes colleges, n est ce pas?

    bon courage!
    (excuse moi ,si je ne comprends pas bien ce que tu veux dire…et mon francais est nivau bas…)

  9. RMK nous interpelle :

    ry > refaire plusieurs fois les memes images, faire des propositions differentes, recommencer encore, essayer de proposer quelque chose qui plaise au client (qui bien souvent ne sait d’ailleurs pas ce qui lui plait), tout en essayant de trouver un minimum de satisfaction dans ce qu’on fait, ca fait partie du travail, je suis habitué. C’est la même chose en France, et surement partout.
    J’ose espérer que ca n’a pas de rapport avec la qualité de mon travail - sinon je pense qu’ils ne m’auraient pas proposé de me sponsoriser pour un visa de travail ;)

    Le probleme vient du fait que comme on échange qu’en japonais, mes collegues qui pour la plupart ne m’ont meme jamais entendu parler en français s’attendent à ce que je réagisse comme un Japonais. Pour etre traité comme un gaijin, mieux vaut parler anglais… Si la langue japonaise est le medium de nos echanges, je ne suis pas au Japon depuis suffisamment longtemps pour avoir intégré tout ce qui sous-tend le langage et ne peut s’acquérir que par la pratique. je suis sur que si nos échanges se faisaient en anglais je n’aurais pas ce probleme… Et apres tout, c’est aussi parce que je ne suis pas japonais, et que j’ai donc une approche des choses différentes qu’ils m’ont engagé :) .

    もし分からないところがあれば、コメントで言ってください:日本語で訳します。

  10. BennyB nous interpelle :

    Je me retrouve assez dans ce que tu dis, sauf qu’il y a une grosse difference entre nous 2 c’est que je ne parle pas japonais… Et cela n’as pas vraiment ete un avantage … Car j’ai du me contenter de communiquer avec le seul Anglophone de la boite…. Et j’ai moi aussi un “French Spirit” que meme l’Australien du coin n’a pas eu vraiment l’air de vouloir comprendre, enfin a l’epoque ou je travaillais dans cette boite de JV, nous etions que 2 Gaijins (lui a un bon niveau de Japonais). Apres avoir ete vire, ou plutot que l’on met gentillement sous entendu que finalement il serrai peut-etre sans doute preferable parce que se serrai peut etre bien (ou pas) pour la compagnie parceque t’es gentil, t’es beau, tu bosse bien, mais il est possible que qu’il soit peut-etre possible peut-etre que votre magnifique profile (de gros CON de Francais) ne convienne pas ou que non en fait nous sommes presque sure que notre entreprise finalement ne correspond pas a un Homme comme vous (p’tit con). Voila bref, apres ca ils ont pris 3 nouveaux Gaijins, et tous anglophones…. NO COMMENT… les Japonais (comme les autres en fait) dans le travail son aussi detestable (pour ne pas dire autre chose) qu’il peuvent etre sympatique autour d’une bonne bierre…

  11. Thomas nous interpelle :

    J’ai la chance, si c’en est une, de penser que c’est avant tout le vocabulaire qui me fait défaut, plus que la mentalité différente de mon boss et ma collègue…

  12. RMK nous interpelle :

    Je me plains, mais nos petites incomprehension au quotidien ne les ont visiblement pas empeche de me trouver un appartement de fonction et de me proposer de me sponsoriser pour un visa de travail - c’est juste que cette impression de se retrouver seul face a un mur d’incommunicabilite est vraiment fatiguante parfois, malgre toute la bonne volonte et les efforts qu’on peut faire…