Chakushin ari (One missed call), de Miike Takashi
Toute personne qui a déja mis un pied dans un train japonais vous dira que nos amis nippons sont des utilisateurs compulsifs de téléphones portables.
Toute personne qui a déja vu un film d’horreur japonais vous dira que les yuurei et autre bakemono y jouent très souvent un rôle central - d’ailleurs une grande partie des nippons croient fermement à l’existence des fantômes.
Enfin, toute personne qui me connait - oui, ça fait nettement moins de monde - sait que je suis un inconditionnel de ce réalisateur funambule, trash et touche à tout, qu’est Miike Takashi. Tombé sur ce film il ya quelques temps, en passant chez une amie (qui se reconnaîtra sûrement) , je n’ai pas pu résister, et ai infligé à l’inconsciente les 112 minutes de suspense et de frissons macabres inhérents au genre.
Chakushin ari, adaptation éponyme du roman de Akimoto Yasushi, évoque tout d’abord la bonne vieille tradition du cinéma horrifique eighties, que n’aurait pas reniée un Wes Craven ou un John Carpenter : les protagonistes sont des étudiant(e)s, et ils disparaissent un par un, passant de l’incrédulité à la terreur, dans des morts de plus en plus spectaculaires… A cet héritage plus ou moins avoué, s’ajoute celui plus réçent des désormais incontournables films d’horreur n”à la japonaise”, Ring et Dark Water en tête : ambiance malsaine au possible, relative sobriété, photo volontiers crasseuse, fantômes esseulés et comptines enfantines angoissantes contribuent à créer une ambiance bien particulière, devenue désormais la marque de fabrique du genre.
L’inconditionnel de Miike se demandera ou sont passés les exubérances baroques auxquelles le réalisateur l’avait habitué. Elles ont subsisté, mais comme en filligrane, dans cette production visiblement destinée à se tailler une belle part au box-office (ce qui fut d’ailleurs - sans grande surprise - le cas). L’omniprésence des téléphones portables est brutalement opposée à la solitude et à l’absence de communication - on efface un nom du répertoire de son téléphone en appuyant sur un bouton (d’autant plus volontiers s’il s’avère que c’est par ce biais que l’esprit vengeur choisit ses victimes Very Happy ) -, mais au final, et de façon surprenante, vu le thème central du film, c’est surtout le monde des médias japonais qui en prend pour son grade, avec une parodie d’émission télévisée d’un cynisme hallucinant, qu’il ne serait pourtant pas impensable de voir sur les ondes au pays du soleil levant.
La narration est rapide, allusive, et on peut parfois être un peu perdu, surtout si le film est en version sous-titrée, d’autant plus que le rythme va crescendo - mais Miike nous avait habitué à pire…
Si au premier abord le film peut sembler un brin opportuniste, visiblement formaté pour le grand public, de nombreux détails sont attachants, et on se surprend à se cramponner à son fauteuil en attendant le prochain coup de fil…
Titre original : 「着信あり」 - 2003
Réalisé par MIIKE Takashi
Scénario : AKIMOTO Yasushi, DAIRA Minako
[IMDB]
[SANCHO]
[Midnight Eye]